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ÉTIQUETTES V

1)    L'expression « la santé avant tout » est de plus en plus fréquemment, comme si, dans ce monde fragile, la santé était devenue notre bien le plus précieux.

« Vivre » semble bien aller de pair avec la possibilité d'échapper à la maladie.

Derrière cet horizon qui associe l'existence à la condition de bien-portant se profile l'idée que la maladie est un signe précurseur de déclin, voire de fin de vie.

Qu'elle soit liée à un accident, à une atteinte grave, chronique ou terminale, la maladie vous tombe dessus comme une fatalité, une malchance, au pire une condamnation.

Que l'on soit dans la force de l'âge ou que l'on entre dans une phase de vieillissement, donner priorité à la santé va de pair avec l'espoir de repousser à plus tard ou à jamais l'atteinte d'une maladie.

La société compte, dès lors, deux populations distinctes, celle des bien portants et celle des malades. Est-il envisageable de dépasser cette fracture ?

Diverses facettes de ce même problème viennent en confirmer la portée : se plier au contrôle d'examens ou attendre de se sentir plus amoindri pour le faire, éviter le caractère tranchant du diagnostic médical pour donner leur chance à des démarches alternatives, accepter d'être hospitalisé ou être en mesure de rester chez soi.


2) Une réponse que je privilégie pour affronter ce dilemme consiste à rapprocher la notion de santé de celle de formation. Comme nous sommes plusieurs à l'avoir souligné de diverses manières, la formation s'inscrit dans l'histoire de la vie.

Elle se construit au gré des événements qui jalonnent un parcours de vie.

Elle est faite des réponses que nous apportons à des moments forts de bifurcation, à la manière dont nous parvenons à faire cohabiter l'hétérogénéité de nos choix ou la diversité de nos expériences et dont nous poursuivons ce que nous avons commencé à entreprendre sans nécessairement savoir où nous allons ou vers quoi nous voulons aboutir.

La formation ne correspond pas à un cheminement linéaire. Elle ne se déroule pas comme «un long fleuve tranquille».

Elle est faite de dérangements, de déplacements, d'imprévus qui lui donnent sa vitalité.

Dès lors, pourquoi ne pas établir un parallèle plus explicite de la maladie avec la santé.

La santé est faite des maladies qui ont accompagné notre croissance d'enfant et de jeune.

Elle résulte de la somme des réponses que nous avons su donner aux atteintes de santé qui ont perturbé les étapes ultérieures de notre parcours.

La santé correspond aussi à ce que ces troubles et ces souffrances nous ont appris sur nous-mêmes, sur les autres, sur la vie en général.

Il convient certes de ne pas confondre la gravité des maladies chroniques, qui entraînent des processus de dégénérescence, avec des ennuis passagers qui viennent troubler la façon dont nous envisageons notre avenir.

Il faut toutefois reconnaître que les bien-portants ont aussi leurs problèmes de santé mais moins sévère que les autres.

Si nous prenons la notion de bien-être comme référence, il n'est pas évident que la frontière entre ceux qui se portent bien et ceux qui éprouvent des difficultés de santé reste la même.

La part subjective du sentiment d'être en bonne santé est en effet considérable.